Raid légendaire, connu par beaucoup de monde et surtout par les étudiants, j’ai eu l’occasion de le faire deux fois dans ma vie.
Une aventure à jamais gravée en moi. Petit retour sur expérience ! Rien que pour vous 😉

 

Raid 4L Trophy, kézako ?

Le nom vous évoque surement quelque chose, on vous en a déjà parlé, peut-être même qu’un membre de votre entourage y a participé ! Dans tous les cas, cela devrait faire tilt dans votre tête. Non ? Une petite présentation s’impose alors 🙂

Créé en 1997 par Jean-Jacques Rey, ancien participant du Paris Dakar, le raid 4L Trophy est une aventure étudiante qui relie le sud de la France à Marrakech en passant par le très connu désert marocain : le Sahara ! Et pour traverser ces 6 000 km aller-retour, rien de tel qu’une bonne vieille voiture emblématique, vous l’aurez deviné, la Renault 4L 🙂

Des centaines de vieilles demoiselles, des 4L colorées, bigarées, complètement rénovées par des étudiants créatifs

arrivée bivouac 4l trophyIl s’agit d’un raid sportif où l’orientation prime sur la vitesse, le premier défi étant le franchissement de la ligne d’arrivée. 6000 km d’endurance, d’imprévus et d’entraide, maîtres-mots de ces 10 jours d’aventure humaine et sportive extraordinaire. Au programme beaucoup de sable, des dunes, de la caillasse, des bacs à sable, beaucoup d’ensablement et une solidarité énorme entre les participants, appelés trophystes !

Le Raid 4L Trophy se veut également un acte de solidarité et de générosité envers la population locale. En partenariat avec l’association Enfants du désert, qui a pour vocation de faciliter l’accès à l’éducation aux enfants marocains, tous les trophystes acheminent sur place des aides matérielles, scolaires et sportives substantielles.

 

Une aventure humaine, solidaire, unique….

Le titre en lui-même résume en quelques mots ce que représente le 4L Trophy pour moi. Quand je l’ai fait la première fois en 2014, je rêvais de voyages et d’aventures depuis longtemps sans jamais oser me lancer. Depuis, tout à changer… et je ne m’en suis pas rendue compte sur le coup.

Une envie de découverte

isabelle désert 4l trophyJe l’avoue, ce n’est pas le côté humanitaire qui m’a tout de suite attiré dans ce projet, mais bien le rêve de voir des terres complètement différentes de celles d’où je viens.

Le désert.

Longtemps vu dans les films, souvent imaginé grâce aux livres, parfois idéalisé, mais jamais proche de la vérité. C’est à la fois immense et sauvage, infini et abandonné, tout et rien. Comme l’absolu et le néant en même temps.
Les paysages s’enchaînent, mais ne se ressemblent pas. On traverse des montagnes de forêt, des falaises rocailleuses, des dunes de sable, des palmeraies et soudain… On se promène à travers un panorama sans fin, aride, fait de sable. Quelques buissons apparaissent parfois sans comprendre pourquoi ils sont arrivés ni comment ils ont pu résister à la chaleur. En roulant ou même seulement en marchant, on voit au loin un reflet bleu, une oasis promise qui ne sera jamais atteinte. Une illusion parfaite que nous renvoie notre cerveau ébloui.
La terre jaune et le sable orange viennent s’accoupler parfaitement avec le bleu du ciel parfois nimbé de nuage amenant de la vitesse au regard.isabelle seule désert 4l trophy

On mange du sable, beaucoup de sable. Et beaucoup de cailloux aussi

Tout cela m’est apparu pour de vrai et jamais je ne l’aurai vécu sans cette participation. Surtout quand on sait que le 4L Trophy nous fait passer par des sites interdits aux touristes. Comme exclusivité on ne peut pas faire mieux. Et puis, le désert est tellement immense et trompeur que l’on peut vite se perdre et ne jamais retrouver son chemin sans guide et sans techniques de survie.

Une excursion entre copain

La deuxième raison qui m’a convaincu de prendre part au Raid 4L Trophy : l’aventure à l’état pur. Imaginez près de 1 500 4L côtes à côtes. Imaginez-les toutes ensembles. Imaginez-les perdues, sans GPS dans l’immensité du désert.

Rien ne nous y prépare.

bivouac désert Merzouga

Et c’est bien ce qui me donnait envie. Avoir seulement un roadbook, une carte et une boussole pour me repérer. Mettre en œuvre mon sens de l’orientation pour ne pas me perdre. Essayer de déchiffrer les indications pour retrouver le bivouac d’arrivée.

Quel bol d’air frais, c’est incomparable ! On est libre. Libre d’essayer, de se tromper, de se perdre, de réussir, de se planter, de rester coincé, mais de retenter toujours… On en ressort finalement grandi de cette aventure.

 

Une entraide exceptionnelle

Deux aspects de solidarité ressortent.

La première, bien évidemment c’est l’aspect humanitaire de ce raid.
Certes on mange du sable, certes on découvre de nouveaux paysages, certes on se perd tout en prenant notre pied. Mais nous ne faisons pas que ça. N’en déplaise aux mauvaises langues, chaque année, plusieurs tonnes de fournitures scolaires et sportives sont acheminées pour les enfants marocains. 1500 voitures, 4 saces par équipage, le compte prend vite des allures pharaoniques. Toutes ces fournitures sont ensuite récoltées et gérées par l’association Enfants du désert qui se charge de faire le relai avec des écoles et associations triées sur place. Elles vont les fournir pour l’année à venir.

En plus de ces fournitures, des dons plus ou moins conséquents, mais toujours bénévoles, sont fournis par les trophystes. Cette année en raison de la venue de deux youtubeurs (Superkonar et Amixem) mais également par la présence des anciens, les dons ont triplés et on a récolté pas moins de 70 000 euros. Un record. Cinq nouvelles écoles vont donc être construites grâce à ces dons. Et ça fait chaud au cœur.

La deuxième totalement imprévue : entre les trophystes eux-mêmes.

entraide 4l trophyPendant ces 10 jours, pas questions d’être laissé sur la touche, pas question de s’ignorer. Sans se forcer, naturellement on se rendra volontaire pour s’aider les uns les autres.
Si l’on voit une voiture en panne on va s’arrêter, s’ils ont besoin de pièces de rechange on va leur donner sans rien demander en retour, s’ils sont perdus on leur indique la direction et même parfois sans raison on va s’arrêter à leur côté pour partager un petit bout de temps et parfois construire une nouvelle amitié.

Vous êtes-vous déjà arrêtés quand une voiture ne pouvait plus rouler ? Avez-vous déjà simplement discuté avec vos voisins croisés sur la route ? Moi la première, non, mais ici c’est sans réfléchir que l’on se lance. Après tout c’est comme ça que l’on se fait des amis, non ?
Et depuis mon retour en France, ça me manque. Je me force pour ne pas aller voir de parfait inconnu sans raison….apéro désert 4l trophy

…qui a des limites

Evidemment, toute organisation, autant humanitaire qu’elle soit a des limites ! Je ne suis pas là pour enfoncer le raid 4L Trophy mais certains aspects m’ont vraiment révoltés quand d’autres m’ont fait halluciner.

Une organisation parfois décevante

Quand on sait que le 4L Trophy a 20 ans, on se dit que pendant toutes ces années et en augmentant petit à petit le nombre d’inscrits, ils savent maintenant gérer comme il faut le raid. Et pourtant ce n’est pas chose évidente !
village fantômeCommençons par les repas. En 2014 j’en ai gardé tellement un bon souvenir que j’en ai fait baver mon co-équipier. Et cette année quelle déception ! Les plats étaient froids, peu garnis… Pourquoi ?

Parallèlement, plus on est nombreux, plus ils craignent pour notre sécurité rendant les différentes épreuves parfois trop sécurisées, sans réel plaisir de se perdre. Ce qui provoque parfois d’énormes bouchons jusqu’à 1.5km avec une attente de 2h environ. Assez fou en sachant que l’on se trouve dans le désert et pourtant c’est bien vrai. Après on en rigole c’est sur et on fait des pauses apéro improvisées pour s’occuper 😉

Dans le même genre, souvent les bouchons étaient dû à des bacs à sable où des 4L s’ensablaient trop, faisant augmenter l’attente à chaque passage. Et quand on en découvre la raison, c’est à nous faire hérisser les poils. Après deux jours de passage, certains oueds deviennent très profonds voire dangereux, selon comment on les prend. Et pourtant l’orga n’a pas hésité à nous les faire prendre fond de balle au risque de casser la voiture. La raison ? Une jolie photo à la clé ! Mais pour certains équipages un capot plié voire pire ! Certains se sont même mangés le volant en respectant les ordres donnés : 1ere fond de balle jusqu’au bout. Alors, une photo c’est bien joli mais si ça nous fait payer cher les pièces à remplacer auprès de la méca ou si ça nous empêche de faire la dernière épreuve en autonomie dans le désert c’est tout de suite beaucoup plus contraignant. Grosse déception de ce côté-là pour moi.lac boulajoul 4l trophy

Parlons de la méca aussi. Pour la plupart ce sont des bénévoles, certains sont mêmes étudiants et tous ensemble ils sont tellement impliqués pour nous aider à réparer nos voitures qu’ils ne dorment parfois que 1 ou 2h par nuit. Parlons chiffres maintenant. Au départ de Biarritz 1 450 voitures. En comptant ceux qui ne peuvent pas partir, qui ont des soucis sur la liaison en Espagne, voire au Maroc, en voyant large on est au moins 1 300 à faire les étapes dans le désert. 1 300 voitures et seulement 88 mécaniciens. Ils sont clairement en sous nombre et cela influe négativement sur les voitures à réparer. Seules les pannes considérées comme « prioritaires » sont prises en compte et pour les autres, ils nous invitent gentiment à revenir plus tard. Quand ce sera cassé en somme.

Je me souviens il y a trois ans pendant mon premier 4L, nous avions la pompe à essence qui faisait des siennes dès le début. On est beau allé voir la méca plusieurs fois, pour eux tant que ça roule c’est bon. Sauf que notre titine n’a plus voulu rouler pendant les premières heures de l’étape en autonomie, nous empêchant de faire ce marathon tant convoité et ainsi abandonner le raid… Imaginez notre joie.

Je terminerai par les étapes en elles-mêmes. Je l’ai fait en 2014 puis cette année donc en 2017. Et en l’espace de trois ans, il s’agissait exactement des mêmes parcours. J’ai donc été un peu déçue de refaire les mêmes choses. Je pensais qu’ils allaient changer certaines routes, certains tracés, mais non. Alors, c’était un peu du déjà-vu. Du coup j’ai beaucoup laissé le volant à mon co-pilote pour qu’ils puissent en profiter pleinement étant donné que tout était nouveau pour lui.

L’importance du prix

isabelle désert 4l trophyLe budget du 4L Trophy est déjà assez conséquent en soit, comptez en moyenne 3 000 euros d’inscriptions. A ce prix-là on se dit que certains points négatifs cités plus haut pourraient être largement évités. Surtout quand on sait que les mécanos sont bénévoles pour la plupart et que les frais de déplacement sont à leur charge. Je n’invente rien, je ne spécule pas sans savoir, le mécanicien qui nous a aidé à retaper Isabelle, s’est porté bénévole pour le raid.

Ils nous avaient promis de grosses surprises pour les 20 ans et au final nous avons eu droit à un repas italien (pates et pizzas cuisinés par des marocains, imaginez le résultat^^) seulement car le DJ choisi pour une des soirées surprises était italien. Je n’ai rien contre la cuisine italienne mais on ne vient pas au Maroc pour manger des pâtes ^^ Des agneaux à la broche ce n’est pas plus typiquement marocain ? 😀
Des idées, on en a à la carte, faut nous demander^^

On paye aussi, mais on ne peut pas profiter de tout. C’est le gros désavantage pour moi d’un raid organisé. On ne peut pas dire qu’on va isabelle dunes 4l trophys’arrêter ici ou là pour profiter ou que l’on va faire un détour d’une heure pour aller visiter un endroit qui nous attire. Non, il faut toujours y aller, continuer, avancer pour ne pas arriver trop tard, pour se reposer un peu car le lendemain ça recommence. Alors, attention je savais dans quoi je m’engageais. Participer à ce raid m’a permis de faire et voir des choses que je n’aurai jamais eues la possibilité autrement. Mais à l’inverse, il m’a empêché d’en faire d’autres.

L’aspect caché du raid

Certes on ne peut pas tout dire, certes il ne faut pas inquiéter tout le monde, certes le but est de se faire plaisir. Mais avertir sur certaines choses ou réconforter sur quelques accidents ne leur auraient rien coûté. En effet, cette année, en une nuit 11 trophystes se sont fait voler. Dans leur voiture, parfois même directement dans la tente pendant qu’ils dormaient. Et le lendemain l’organisation se félicite d’une sécurité exemplaire. Sans compter le fait qu’ils mentent, pourquoi n’ont-ils tout simplement pas averti ne serait-ce pour que l’on soit plus vigilant. Et surtout éviter la nuit d’après d’autres vols. désert isabelle arbres 4l trophyPersonnellement, je l’ai appris grâce à un des équipages victimes de vol, mais sur les presque 1500 équipages, je ne pense pas que tout le monde le sache.

L’autre point ce sont les accidents. On le sait, ce ne sont des secrets pour personne, peu importe où l’on se trouve –France, Espagne ou Maroc ; de nombreux équipages se font avoir et finissent parfois dans un accident. Plus ou moins grave. Et c’est ça le pire.
On ne leur demande pas de tous nous les raconter, mais au moins de les évoquer. En 2014 par exemple, la seule fois où ils ont daignés nous donner des nouvelles c’est quand l’accident s’est retrouvé sur les réseaux sociaux. Eh bien, vous savez quoi, l’accident n’aurait peut-être pas pris une telle ampleur sur internet si vous aviez pris la peine de nous en parler. On ne veut pas des panorama oasis 4l trophydétails, mais juste des nouvelles voire des avertissements. Faites attention, des équipages ont eu des soucis ici et là, rien de grave heureusement, etc.

Parce que le pire c’est quand on est au courant d’un accident et qu’on veut juste savoir s’ils vont bien. Car là l’organisation refuse de nous en parler quand on vient les voir en aparté. Ça m’est arrivé personnellement en 2014… Et je trouve ça dommage. Tout n’est pas rose dans le 4L Trophy et malheureusement c’est impossible de n’avoir aucun accident. Tout le monde le sait, pourquoi le cacher ?

 

Certains diront que je radote ou que je râle de mauvaise foi sur une organisation aussi énorme, que j’exagère. Il ne s’agit que de mon point de vue et je ne le fais pas par plaisir. J’aurais préféré n’avoir rien à dire de négatifs dessus. Mais on ne peut pas plaire à tout le monde et au moins je l’ai fait, je ne dis pas ça sans savoir de quoi je parle. De plus, c’est une aventure personnelle, d’autres l’auront surement ressenti différemment.

 

Mes deux participations

Je vous vois déjà venir. Mais si tu n’aimes pas à ce point le 4L Trophy (faux) pourquoi l’as-tu fait deux fois ? C’est vrai que j’avais gardé un souvenir amer de cette aventure en 2014. Un très bon aussi que j’ai adoré mais de la déception tout de même sur les points que je viens de vous citer.
marrakechMais je n’avais pas prévu du tout de le refaire. Le 4L Trophy étant un raid étudiant et l’ayant fait lors de ma deuxième année de master, je ne comptais pas partir en doctorat seulement pour fouler à nouveau les terres marocaines en 4L. De plus, ce sont des expériences qui ne se vivent qu’une fois pour moi. Grosse contradiction du coup vu que je l’ai fait deux fois 😉

Mais l’occasion s’est présentée de manière inattendue. En 2017, c’était les 20 ans du 4L Trophy et pour marquer le coup ils ont décidé d’inviter tous les anciens à participer à nouveau avec le copilote de leur choix. C’était pour moi l’occasion de prendre ma revanche sur cette étape marathon inachevée. C’était aussi pour moi l’occasion de le faire avec mon copain et de profiter d’une aventure plus complice et funky pour moi J Monsieur étant un aventurier en herbe également, on n’a pas réfléchi trop longtemps et ni une ni deux on s’est lancés ! Et aujourd’hui je ne regrette pas.

Sur certains points c’était une aventure tellement différente de celle que j’ai vécu la première année que j’en garde peut-être un meilleur souvenir. Malheureusement certains points négatifs sont revenus, d’autres se sont rajoutés et d’autres à l’inverse se sont annulés.

 

Chacun reste libre sur ses pensées et des aspects qui m’ont déplu peuvent avoir ravis d’autres équipages. Peut-être suis-je trop exigeante. Peut-être que plus on en a, plus on critique. C’est vrai que je ne suis pas dans l’organisation elle-même et je ne sais surement pas tout… J’étais libre de ne pas partir à nouveau avec l’organisation Désertours et je ne sais pas si je recommencerai un jour.

En tout cas, si vous avez des questions, l’envie de participer à votre tour ou envie de vous exprimer également sur ce raid, n’hésitez pas à me contacter. Je me ferais un plaisir d’y répondre. 🙂