« Le 4L Trophy se vit, il ne se raconte pas »

enfants-4l-trophyC’était déjà vrai il y a trois ans pour moi, ça l’est d’autant plus maintenant.
Mais comment te raconter ce qu’il s’est passé en restant fidèle ? Comment te décrire cette expérience alors que tu as continué tes habitudes pendant que nous mangions du sable, poussions des voitures, galérions avec le road book et la direction à prendre… Comment donc te faire comprendre ce que nous avons ressenti ? Comment te décrire la beauté de ce que nous avons découvert ? Comment t’expliquer l’entraide incroyable qui a fait vibrer 3 000 participants ? Et comment te parler du feu, des montagnes de fournitures, des sourires aux inconnus, des dunes à grimper, du sable à enlever sous les pneus, des plaques de désensablages, des enfants qu’on a autant détestés qu’adorés, de Michel et son bois, de la banane, du barbecue en plein désert…

La liste est longue, je pourrai noircir bien des feuilles !

Pendant 10 jours j’ai été coupé. Coupé de tout. De mes habitudes, de mes proches, de mes repères. Mais j’en ai construits de nouveaux, créer une nouvelle famille…

Il est bien dur pour moi de te faire ressentir tout cela. Quelques jours après mon retour tu es déjà passé à autre chose alors que des semaines après mon cœur erre encore quelque part au Maroc.

Peut-être au coin du feu que Michel nous a gracieusement fourni, en train de chanter à tue-tête de bon matin la musique des oiseaux, à pousser des 4L ensablés, car l’on s’est tous trompés de route, à faire l’apéro pour faire passer les 2h de bouchons qui nous attendent, devant le JT de Jean-Jacques Rey, tel une secte qui vient écouter son messie ou bien encore à grimper les dunes pour admirer le désert qui s’étend à nos pieds…

Il est bien dur crois-moi de te faire ressentir ce que je ressens en écrivant ces lignes, de faire le tri parmi les millions de souvenirs qui me sautent au visage, de refouler les larmes qui me nouent la gorge tellement j’aimerais y retourner encore.

Alors, pour rester la plus objective possible, pour te donner une vision élargie du raid, pour que tu rentres un peu dans la tête de nous les trophystes, je t’ai concocté un condensé du meilleur comme du pire des trophystes. Avec la collaboration de participants au raid ; des amis comme des inconnus qui ont bien voulu répondre à mes questions pour te faire voyager avec nous.

 

Un raid unique et controversé

               Une symbiose entre participants

J’en ai déjà parlé dans mon premier article, le 4L Trophy c’est une foule de sentiments autant positifs que négatifs.

Ce qui motive à faire ce raid c’est tout d’abord le côté aventure où on est amenés à vivre une expérience que peu ont fait dans leur vie. Etre tout seul à bord de sa 4L pendant une dizaine de jours, se dépasser voire parfois mettre les mains dans le cambouis pour se préparer et être prêt en cas de panne. Mais le 4L Trophy c’est aussi « voir des paysages splendides, faire de nouvelles rencontres et vivre des moments inoubliables avec les autres concurrents et les enfants de l’association » comme le précise Lucille K.

4l trophy 2017

Ce que je préfère dans le raid ? L’ambiance, les amis, le bivouac avec un stand méca toujours bien garni et une grande variété de pannes…^^ Tatave

Il n’est pas difficile de faire des rencontres pendant le raid, en même temps avec près de 1500 4L soit 3000 participants, ne croiser personne est juste impossible. Que ce soit donc au détour d’une aire d’autoroute, en plein bouchon dans le désert, sur le bord de route en dépannant une voiture… la liste est longue ! « Le camp est top, chacun se met où il le souhaite et l’ambiance est géniale. Tu as l’impression d’avoir 2 900 copains alors qu’on ne se connait pas. On ne trouve plus ce genre de choses ailleurs qu’au 4L Trophy où de nos jours c’est chacun pour soi » Lucille K.

Je rajouterai même que c’est le genre d’atmosphère que l’on retrouve essentiellement lors de voyages ou d’aventures. D’ailleurs il est facile de se reconnaître, tous ou presque habillé pareil, affuté de sac à dos, à prendre le bus, le train, l’avion ou à faire du stop. A sourire à des inconnus, à parler à son voisin d’à côté sans raison… Pendant le 4L Trophy c’est la même chose, version 4L, vêtements salles et apéro feu de bois. A chacun ses envies 🙂

               Quelques déceptions dans les évolutions

Mais à ces sentiments indélébiles s’ajoutent malheureusement quelques bêtes noires. Mais attention pas le genre de monstres qui se cachent4l trophy 2017 sous ton lit enfant pour te faire peur ! Non plutôt, ce moustique bruyant que tu te dois d’écraser pour ne pas qu’elle te préoccupe toute la journée et te pique.
Ici, ou plutôt là-bas au Maroc, ce fut un peu la même chose. Et la grosse idée générale est que le raid est devenu maintenant trop populaire. En effet, chaque année, il y a de plus en plus de voitures. Comparé aux moins de 10 en 1997 c’est sûr qu’il y a une sacrée différence. Conséquence : impossible de tous se rencontrer, il y a des voitures, des personnes que j’ai seulement découvertes à la télé en rentrant…

4l trophy 2017

Et qui dit grand nombre, dit organisation massive. En effet, le parcours est plus balisé, des bouchons se créent nous obligeant à faire les moutons, on se suit tous les uns les autres, il n’y a presque plus de vrai recherche et d’épluchage de roadbook pour ne pas se perdre. Alors, le parcours est au final « limite trop facile » comme diraient certains trophystes anonymes.

« Je regrette les deux boucles à Merzouga. Ça fait trois jours de bivouac au même endroit, on aimerait bouger un peu. En 2010 on avait une étape de plus à Timerzif, et seulement deux jours à Merzouga. Les pistes étaient trop courtes, dommage, 50km de plus aurait été parfait. » Tatave

Le fait de ne pas changer d’endroits rend différent le 4L Trophy. Il n’y a pas le même ressenti au final. C’est sûr que c’est plus simple niveau organisation, mais on se retrouve presque dans un Club Med que dans une réelle excursion en plein désert avec la « peur » de se perdre.

Lucille qui a fait le 4L Trophy 6 fois explique l’évolution qu’elle a ressentie au fur et à mesure. « Au cours des premières années on voyait plus de paysages. Le fait d’être moins nombreux rendait le 4L Trophy plus dur et il n’y avait pas un soir où tu rentrais de jour. Les étapes étaient bien plus difficiles […] On voyait plus de choses que de rester trois jours à Merzouga. Je trouve que l’esprit d’un raid était plus présent. »

Des souvenirs incomparables

4l trophy 2017Participer au 4L Trophy, c’est souvent rejoindre une grande famille. Et cette année pour les 20 ans, ce fut des équipages très touchants que j’ai pu rencontrer. En effet, entre ceux qui ont pris leur revanche sur leur participation inachevée d’il y a quelques années, ceux qui ont voulu le refaire 10 ans après, ceux qui ont invité leur conjoint-e, ceux qui l’on fait en famille avec leurs pères ou leurs mères ou bien encore ceux qui l’ont refait avec exactement le même équipage… C’est tout un panel de sourire qui fait chaud au cœur. C’est donc bien la preuve qu’il n’y a pas de critère spécifique, pas de limite d’âge, d’envie, de passion… Et puis il y a aussi Lucille qui l’a refait cette année avec son futur mari « pour avoir la chance de revivre cette expérience ensemble ».

Et des souvenirs, j’en ai reçu à la pelle. Je vous les ai donc tous regroupés ici. On commence ? A vos marques, prêt…souriez !

« Un bon souvenir ? Le Trophy m’a donné des dons de voyants… Quand une voiture du peloton se gare sur le bas-côté, qu’on s’est arrêté pour la pause toilette il y a moins de cinq minutes, alors tu devines à l’avance qu’il va falloir sortir la caisse à outils (une fois de plus…) 😀 » Pomme de pin

« A chaque fois le retour à la réalité est dure. L’ambiance manque. Les copains manquent. Le fait de vivres des soirées, des moments à jamais gravés… Ne plus vivre dans ta 4L, ne plus la réparer, ne plus vivre à 100 à l’heure, tout ça… ça manque. Les meilleurs souvenirs sont toujours les galères et les moments avec les amis. » Lucille K

4l trophy 2017

« Mon meilleur souvenir ? C’est dur d’en choisir un. Mais je pense que c’est la première fois où j’ai vu les dunes de l’Erg Chebbi à Merzouga. C’était un sentiment très bizarre pour moi et aujourd’hui encore il est très fort dans mon esprit. Je ne pourrais pas décrire ce que j’ai ressenti exactement, mais une chose est sûre, il m’a marqué ! » Guillaume B

« Pourquoi plusieurs fois ? Beaucoup de personnes me posent cette question. Quand on vit un 4L Trophy dans sa vie c’est comme une drogue après. L’excitation, le stress avant le départ, les 15 jours de raid… tu ne peux plus t’en passer. Et cette sensation d’évasion, d’aventure manque quand une année tu ne peux pas participer. Après chaque retour, l’envie de se relancer, de repartir est plus forte que tout et malgré l’avoir fait six fois, aucun 4L Trophy ne se ressemble. » Lucille K

« Je pense que c’est le soir où on est rentré à Merzouga. On s’est dit on va aller faire une photo au pied des dunes. Et en traversant une piste j’ai senti que c’était mou… trop tard on a mis 40 ou 50m d’élingues et on a tiré avec la deuxième voiture, restée sur le dur… On a réessayé plus loin, avec la deuxième, en 4×4 mais pareil c’était mou. Demi-tour et retour sur le dur, sans soucis ce coup-ci » Tatave

« Mon meilleur souvenir reste la nuit étoilée de l’étape marathon avec grillade et banane flambée sur notre feu 🙂 Mais le plus triste serait le ferry du retour quand tu sais que cela marque la fin de l’aventure ! » Benjamin E